mardi 28 septembre 2010

Un roman interactif – chapitre 5

Résumé des épisodes précédents :

Chapitre 1 (Doudette) : MAIS QUE DIABLE ALLAIT-ELLE FAIRE DANS CETTE GALERE ?
Chapitre 2 (Patrice) : J'AI BESOIN D'AIR
Chapitre 3 (Spads) : ECRIRE
Chapitre 4 (Titimoby) : LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS

Rêve et alpaga.

Essoufflé, transpirant, haletant, il se réveille de son rêve. La fatigue et le manque de sommeil ont eu raison de lui, il s’est endormi. 6h37. Il détache le bout de feuille griffonnée qui était resté collée à la commissure de ses lèvres. Mais c’était quoi ce rêve ? Des feuilles gribouillées au contenu inconnu, sans savoir qui les avait écrites, un appel au secours… Les rêves expriment l’inconscient, il paraît. Ca lui fait une belle jambe, que son inconscient travaille pendant qu’il dort, lui, il préfèrerait que son conscient bosse quand il est réveillé !

Des feuilles gribouillées, un appel au secours. Bizarre, tout de même. Il cherche sa tasse (qui n’a pas dû rencontrer une éponge depuis quelques jours), se verse un énième café. Il est froid, mais il ne s’en rend même pas compte. Dehors, le jour commence à se lever. Il aperçoit les lumières dans la maison d’en face, les voisins ne vont tarder à prendre leur petit déjeuner. Depuis toutes ces nuits où il ne dort pas, il commence à connaître leurs habitudes, aux voisins. La femme partira prendre l’autobus de 7h44 et son mari sortira la voiture du garage en marche arrière, nettoiera les feux arrières et avant avec un chiffon et partira. Toujours le même rite matinal immuable, qu’il trouve un peu ridicule.

Des feuilles gribouillées, un appel au secours. Ce rêve devient un peu obsédant. Il décide de sortir s’aérer la tête, l’esprit. Il enfile son anorak rouge et jaune, met son bonnet, et sort. Le froid sec le saisit, mais finalement, ce n’est pas aussi désagréable qu’il l’aurait cru. Il commence à arpenter la route déserte, les mains dans les poches de son anorak. Il n’arrive pas à penser à autre chose que son rêve. Comment avait-il pu dans son rêve écrire autant de feuilles, alors qu’une fois réveillé, il n’arrive pas à sortir 3 lignes potables ? Une voiture passe en klaxonnant, l’évitant de peu. Perdu dans ses pensées, il n’avait pas fait attention qu’il se trouvait au milieu de la route, malgré les appels de phares insistants de l’automobiliste. Lequel ne semble pas très content, à l’entendre réciter tous ces chapelets d’insultes. Il ne les entend même pas, il continue à errer. Il aperçoit à peine la voisine du bout de la rue qui promène son alpaga et qui lui fait de grands signes, comme pour lui demander s’il n’avait rien. Non, il n’a rien, et surtout pas envie de parler.

Des feuilles gribouillées, un appel au secours. Impossible de penser à autre chose. Pourtant, son roman n’avance pas, il est en panne sèche d’idées neuves, et il aurait bien mieux à faire que de s’attarder sur ce stupide rêve. Son éditeur lui a avancé une somme conséquente pour qu’il sorte quelque chose rapidement, qui séduira la femme de 35 ans “parce que c’est la bonne cible tu comprends”. Oui, d’accord, mais l’idée que son futur roman soit en devanture des vitrines des maisons de la presse qu’on trouve dans les gare ne le séduit pas plus que ça, non. Mais c’est le deal, et il l’a accepté. Ca ou la rue, le choix est vite fait. Cependant, en son for intérieur, il sent qu’il s’est un peu trahi lui-même en signant cet accord. Il va devoir aligner des kilomètres d’écriture pour faire plaisir à la “cible”, mais pas une ligne ne contiendra un minimum de son âme. Putain de marketing qui dénature tout sur son passage.

Des feuilles gribouillées, un appel au secours. MAIS OUI ! C’est pour ça que ce rêve l’obsédait ! C’est parce que c’est lui qui appelle au secours ! Il se sent prisonnier de l’accord passé, il ne veut pas débiter du roman comme on débite des saucisses industrielles sans goût mais avec des artifices qui donne l’impression dune pseudo-authenticité. C’est ça : il n’est pas cohérent avec lui-même en écrivant un roman de commande. Il fait demi-tour, court vers sa maison, manque de marcher sur un hérisson qui trouvait de bon goût de se trouver sur son passage. Le voisin a fini de nettoyer ses feux arrières, il part. L’éclairage public s’éteint, le jour est levé. Il entre dans sa maison au moment où la radio à la bonne idée de diffuser Feeling Good de Nina Simone.

It’s a new dawn
It’s a new day
It’s a new life
For me

And I’m feeling good

Oui, il se sent bien. Libéré. Maintenant, qu’il a fait le point sur lui-même, par quoi commencer ?

Je passe le témoin à Océane… à suivre !

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